CFA d’entreprise hors les murs, Formaposte propose des formations en alternance dans les domaines du commerce et de la logistique, du management, de la banque… Créée en 2008, l’antenne Ile-de-France connait une phase intense de déploiement sur le territoire, se traduisant par un développement dans le Nord, le Grand-Est, en Normandie, et en Bourgogne–Franche-Comté. Avec 39,2 % d’alternants issus des Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV), cette association loi 1901 revendique sa mission d’insertion sociale et d’accompagnement des publics les plus éloignés de l’emploi. Certification Qualiopi, profils des alternants admis, développement de l’activité : le point sur les évolutions et projets de Formaposte Ile-de-France/Nord-Est avec son directeur Pascal Picault

Comment s’organise l’activité de Formaposte Ile-de-France et le développement à venir sur de nouveaux territoires ?

P. Picault : « Nous sommes actuellement en phase de déploiement sur les territoires. Historiquement nous sommes implantés en Ile-de-France. En septembre 2020, notre activité s’est étendue aux Hauts-de-France. En 2021 et 2022, nous allons nous développer dans la région Grand Est, en Normandie et en Bourgogne–Franche-Comté. À terme, la feuille de route engagée avec le développement sur ces régions portera à plus de 2 600 le nombre d’alternants de Formaposte Ile-de-France, soit 60 % des effectifs globaux des alternants du Groupe La Poste. L’idée est vraiment de déployer des structures légères sur ces territoires et de conserver un fonctionnement en étoiles. Toutes ces antennes seront adossées au siège à Saint-Denis, l’unique entité officielle, pour toutes les fonctions supports, le back-office… Sur place, des Responsables Opérationnels de la Formation en Alternance (ROFA), qui ont une vision à 360°, agissent aussi bien sur le sourcing que sur l’accompagnement de La Poste. Ce sont un peu nos VRP de l’apprentissage. »

Quelles sont les spécificités de Formaposte Ile-de-France  ?

 P. Picault : « Pour la deuxième année, nous avons démarré en avril 2021 notre prépa apprentissage, un dispositif officiel mis en place dans le cadre du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC). Formaposte IDF est porteur d’un consortium d’acteurs prescripteurs de la formation, de l’insertion, comme les missions locales, Pôle Emploi… Concrètement, pendant 3 mois, les candidats potentiels sont en alternance entre, immersion sur le site de Saint-Denis et stages à La Poste.

Cette préparation consiste à la fois à découvrir la réalité du métier choisi, que ce soit facteur ou un métier de la logistique, l’entreprise, mais aussi à travailler sur les “Soft Skills”, ces savoir-être indispensables dans la sphère professionnelle.

Les candidats ont des parcours divers et variés, certains ont quitté les salles de cours depuis longtemps, ont perdu ces habitudes de vie. Il s’agit donc de remettre un rythme pour se préparer à intégrer la formation, mais aussi à être salarié. Cette préparation constitue un sas entre une vie où il n’y avait pas d’emploi, d’horaires, et puis la formation. L’objectif étant qu’ils intègrent tous une formation en alternance à partir de la rentrée de septembre. 

En 2020, on a constaté de bons résultats sur ce dispositif, qu’on compte porter encore sur les deux années à venir. On réfléchit également à mettre en place une troisième promotion de prépa en 2022 avec une forte dimension sportive, grâce à un partenariat avec une association déjà engagée dans l’insertion par le sport. L’idée étant d’aller chercher les publics qui sont dans les clubs sportifs, car on sait que le club est un lieu structurant avec une équipe, un coach… ça résonne par rapport au monde de l’entreprise. 

Une autre particularité de notre activité c’est le “go for job”, un parcours d’accompagnement de 3 jours à la fin du cursus pour aider les diplômés à valoriser leur parcours sur un CV ou lors d’un entretien. Cela s’apprend de savoir parler de son expérience. Nous allons d’ailleurs renforcer cet aspect l’année prochaine, en rendant cet accompagnement obligatoire. »

Est-ce que Formaposte Ile-de-France a une vocation plus forte d’insertion sociale du fait de son territoire ?

P. Picault : « Oui, effectivement. Le secteur d’Île-de-France cumule les cœurs urbains, périurbains, les cités, donc forcément, on retrouve un vivier potentiel de jeunes issus de ces quartiers plus important que sur d’autres villes de l’Hexagone. Au global, 39,2 % de nos alternants viennent des Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV). 

Notre fierté est aussi de réussir à atteindre plus de 50 % de jeunes issus des QPV dans certaines promotions de masters. Cela prouve que la vocation d’ascenseur social revendiquée par la Poste se vérifie. Cela montre aussi que nous sommes capables d’aller chercher ces publics et de les insérer à tous les niveaux de qualification. Grâce à Formaposte, certains peuvent ainsi intégrer des écoles de commerce parisiennes prestigieuses (ESG, IGS, ISC, Sup de Vente…) aux frais de scolarité élevés. Ces jeunes n’auraient sans doute pas eu les moyens de financer de telles études. 

Sur des fonctions support comme les ressources humaines par exemple, il n’y a pas d’engagement de CDI de la part de La Poste à l’issue de la formation, en revanche les candidats ressortent avec une expérience solide, un diplôme reconnu par l’État. Cela montre également que même si le fonctionnement de Formaposte est plus libéralisé qu’avant, plus concurrentiel, La Poste reste sur des valeurs et raisons d’être fortement teintées d’humanisme, d’insertion, d’accompagnement. Le projet initial n’a pas changé. Et cela fonctionne, nous avons eu un taux de 87 % de réussite à l’examen en 2020, nous avons de très beaux parcours de jeunes qui ont démarré apprenti et sont aujourd’hui manager intermédiaire. » 

Quelles évolutions observez-vous dans les métiers auxquels vous formez ?

P. Picault : « Le métier de facteur a beaucoup évolué depuis plusieurs années, simplement parce qu’à l’heure du digital, la quantité de courriers a considérablement diminué. La crise sanitaire a achevé le processus. Désormais, un facteur a également une mission de service, de promotion de l’entreprise. On doit aller chercher des profils différents, avec une capacité à être dans la relation client, à adopter une posture plus commerciale. La filière bancaire a également beaucoup évolué avec l’explosion de l’évolution sur le digital. On a constaté que les banques ont élevé le niveau souhaité du BTS à la licence. » 

Est-ce que la diversité des profils sélectionnés évolue ?

P. Picault : « Nous avons une forte proportion de nos alternants qui sont jeunes, issus des QPV, mais nous avons aussi des parcours de personnes en reconversion professionnelle, qui signent un contrat de professionnalisation. À la suite de la crise sanitaire, il est possible que l’on voie arriver d’anciens salariés de secteurs sinistrés comme la restauration, le tourisme… 

En termes de diversité de profils, il est essentiel aussi de dégenrer les métiers. Facteur, c’est aussi factrice ! Aujourd’hui, inutile d’avoir de la force physique pour exercer cette profession. Certaines mères de famille qui ont élevé leurs enfants devenus grands se tournent vers le métier de factrice pour reprendre une activité professionnelle. 

Cette diversité de profils avec des alternants d’âges et de sexe différents, de classes sociales distinctes au sein d’une promotion, c’est une richesse. Ces alternants de tous horizons vivent cette expérience collective de réussir ensemble, on a besoin de cela dans notre société. »

Vous avez obtenu en décembre 2020 la certification Qualiopi, pouvez-vous nous en dire plus ?

P. Picault : « À partir du 1er janvier 2022, la certification Qualiopi sera de toute façon une obligation légale. Tout organisme de formation non certifié ne pourra plus recevoir les fonds des OPCO et sera donc contraint de cesser son activité. Nous avons fait le choix d’anticiper, car nous étions déjà engagés dans une démarche qualité avec un label sur les contrats pros. 

Cela a été un formidable levier managérial pour mobiliser les équipes sur ce qu’on fait, comment on le fait. On a pu faire évoluer certains processus en interne avec la création d’un portail de ticketing pour la gestion des réclamations. Nous avons également totalement réintégré la mobilité.

La mobilité va être travaillée sur 3 axes : la réactivation de comités de jumelage via des échanges avec la Poste suisse et d’autres Postes Européennes pour les facteurs, une mobilité interrégionale en partenariat avec les autres entités Formaposte, et une mobilité internationale dans le supérieur avec un concours d’entrepreneuriat d’entreprise. Ainsi, les alternants en master ayant un projet d’entrepreneuriat susceptible de s’exporter à l’international pourront le défendre pour tenter d’obtenir une bourse Erasmus +, leur permettant de partir 6 mois à l’étranger une fois leur cursus terminé. »


Interview de Pascal Picault, directeur de Formaposte Ile de France-Nord Est